Sur la bonne voie mais…

Par Christian Pees le 3 Nov 2009

Le mot régulation n’est plus tabou. Le 27 octobre dernier, Nicolas Sarkozy avait donné rendez-vous aux agriculteurs dans le Jura pour leur annoncer le plan de soutien qui sera mis en place par le Gouvernement.

A côté de mesures purement financières (1 milliard d’euros de prêts bancaires et 650 millions d’euros de soutien exceptionnel de l’Etat), le Président de la République a glissé dans son argumentaire sa volonté d’instaurer une régulation rénovée de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Europe et au plan international ainsi que la nécessité de mettre en œuvre de nouveaux outils pour stabiliser les prix en Europe comme en France. « Dans le domaine des marchés de matières premières agricoles, l’Europe doit mettre en place une véritable régulation », a-t-il martelé. Et de souligner : « L’idée de la toute puissance du marché qui ne devrait être contrarié par aucune règle, aucune intervention politique est une idée folle ».

Autant de principes que je défends depuis déjà un certain nombre d’années à travers mon engagement au Momagri (Mouvement pour une Organisation mondiale de l’Agriculture). Il y a encore trois ans, nous passions pour des extraterrestres avec nos demandes de régulation des marchés agricoles. Aujourd’hui, nos idées progressent dans la sphère publique et chez les décideurs qui les reprennent à leur compte. Dommage qu’il ait fallu une crise aux conséquences retentissantes pour réveiller les consciences.

Toutefois, la volonté ne suffit pas. Nous voyons combien il est difficile de réguler les marchés financiers malgré les engagements pris au G20, à Londres puis à Pittsburgh. C’est pourquoi nous devons rester vigilants, continuer d’argumenter et de faire pression pour que les desseins agricoles du gouvernement hexagonal ne restent pas des lettres d’intention mais soient convertis en actes tangibles.

Pour cela, la France doit impulser une véritable politique agricole et agroalimentaire et entraîner l’Europe dans son sillage. Il est grand temps que l’Union européenne, addition des égoïsmes où chacun défend son pré carré, devienne un véritable lieu où les Etats se réunissent pour construire un avenir ensemble. N’attendons pas que l’histoire se répète car à laisser faire le marché nous subirons encore des désastres économiques et des tragédies humaines.