Sivens : Que retenir de ce fiasco

Par Christian Pees le 11 Mar 2015

Le barrage de Sivens va se faire, moins grand mais il se fera. Les élus et les agriculteurs locaux sont satisfaits, les « zadistes » ont quitté le chantier et le gouvernement est soulagé. Tout ça pour ça. Ce dossier est un véritable gâchis. Un gâchis humain avec la mort d’un jeune homme, un gâchis démocratique avec le non-respect du vote d’élus du peuple, des déclarations d’utilité publique autorisé au titre de la loi sur l’eau, des arrêtés préfectoraux pris en 2013.

Que doit-on retenir d’un tel désastre ?

Les promoteurs du projet ont perdu dès le départ la bataille de la communication. Face à des pros de la contestation radicale et aidé par les opposants, on nous a décrit un projet «  pharaonique » dévisageant la vallée. Cette retenue représentait en fait trois cent mètres de long (soit un alignement de trois terrains de football) et douze mètres de haut (soit la dimension d’un terrain de basket) et au maximum 1 kilomètre de long. Imaginez le Champ de Mars à Paris inondé et vous aurez le « gigantesque » barrage de Sivens.

Nous avons eu droit également aux chapitres sur la destruction d’espèces rares. Le rapport réalisé à la demande du Ministère de l’Écologie en octobre 2014, plutôt à charge contre le projet initial en fait une toute autre lecture : « Cette zone n’a pas les qualités requises pour faire partie du réseau Natura 2000. Son niveau d’intérêt est départemental, mais il n’est nullement exceptionnel ». (1) Étonnamment cet argument n’a jamais été repris dans les milliers d’articles rédigés.

Mais le plus surprenant dans cette affaire, c’est l’attitude de la Commission Européenne de Bruxelles, venu opportunément mettre en garde la France sur Sivens. Ce petit barrage devenait un enjeu Européen. On croit rêver. La rapidité d’actions du gouvernement à prendre en compte cette mise en demeure de l’Europe en dit long.

La France protège ses espaces naturels

Contrairement à ce que voudrait faire croire certains la France n’est pas un pays où l’on bétonne facilement bien au contraire. En 15 ans, le nombre d’aires protégées par voie réglementaire a progressé de 44%. Dans ces aires protégées les activités humaines sont interdites ou limitées. Cela représente 900 000 ha soit 30 000 Barrage de Sivens. A cela, il faut rajouter d’autres mesures comme les aires protégées par voie contractuelle en progression de 67 % en quinze ans. Dans ces aires la préservation du patrimoine naturel est étroitement liée au développement local. (2)

Je rajouterai le classement de 70 % des terres agricoles en zones vulnérables et soumis à de nombreuses obligations soit 20 millions d’hectares, cela représente 600 000 barrages de Sivens !

La protection de la nature encadrée par une loi depuis 40 ans

Depuis 1976 la loi de protection de la nature prévoit également des compensations écologiques. A chaque fois qu’un projet de développement est créé il doit y avoir une compensation. Pour Sivens, dix neuf ha étaient ainsi protégés. Tous ces chiffres émanent du Ministère de l’Écologie, il faut inlassablement les répéter. Je regrette que La Ministre elle-même ne le rappelle pas plus souvent.

On peut toujours vouloir plus mais quel avenir pour ces projets de développement ? Devra-t-on se contenter dans l’avenir de beau paysage mais sans vie économique, sans habitants ? Car si nous poussons le principe d’ultra précaution au maximum on peut citer une étude scientifique internationale publiée en 2011. Cette équipe estimait qu’environ 8,7 millions d’espèces peupleraient la Terre. 86 % d’entre elles n’ont pas encore été décrites, ni même découvertes. (3)

 

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