« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » ?

Par Christian Pees le 19 Fév 2016

Je viens de finir la lecture du récent rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) sur l’agriculture et je souhaite réagir sur mon blog, tant les bras m’en tombent ! Certes, personne ne niera que les agriculteurs français font face à de graves difficultés économiques, et ce toutes productions confondues.

Pour autant, le panorama de l’agriculture française proposé dans ce rapport est d’un rare défaitisme et les recommandations qu’il contient, sont dans la droite ligne des politiques qui sont aujourd’hui en échec. Les recettes d’hier ne nous feront pas sortir de la crise.

Malheureusement, c’est ce type de rapport qui donne le « la » de la pensée des journalistes et de nos responsables politiques.

A aucun moment, le rapport ne resitue la crise que nous vivons dans son contexte global. L’agriculture française n’est en effet pas la seule à souffrir du retournement de conjoncture qui touche l’ensemble des marchés de matières premières. Toutes les agricultures du monde sont concernées, et, à vrai dire, en premier lieu les pays qui ne disposent pas ou plus des protections nécessaires contre la volatilité excessive des marchés agricoles internationaux.

Emploi en baisse, chute des revenus, dégradation marquée de l’environnement, érosion des performances commerciales, incapacité grandissante à survivre sans aides budgétaires, etc., n’en jetez plus la coupe est pleine !

Un diagnostic biaisé

Bien entendu, nous avons des marges de progrès dans plusieurs domaines ! Pour autant l’accumulation de critiques n’est jamais contrebalancée par les atouts absents du rapport, que nous envient pourtant nos concurrents ! Il en résulte un diagnostic profondément biaisé, qui fait fit de nos forces en termes de performance commerciale à l’export ou de niveau de productivité du travail par exemple.

Méconnaissance ou caricature volontaire pour nourrir l’idée qu’il faille abandonner la dimension productive de notre agriculture et ne plus en retenir que la dimension environnementale ? Malheureusement, la principale préconisation du rapport semble faire pencher la balance dans la seconde direction. Il s’agirait en effet de transformer la PAC en une politique d’aides « ciblant les biens publics ou des objectifs sociaux » afin de « s’orienter vers la combinaison d’une véritable taxation des externalités négatives et de paiements aux résultats pour les externalités positives ».

Il est urgent de réguler

Les auteurs concèdent que « de tels paiements ne sont pas simples à mettre en œuvre », doux euphémisme quand on perçoit le nombre de paramètres en jeu dans une exploitation et la complexité de la gestion administrative qui en découlerait.

Oui, nous avons à progresser sur notre impact environnemental, mais il s’agit déjà de reconnaitre les progrès que nous avons déjà réalisés. Et j’ai la conviction que les environnementalistes doivent comprendre que c’est en mettant en place les régulations nécessaires que nous pourrons poursuivre les efforts, et non en nous livrant à la loi du marché d’un côté et en nous flanquant des armées de contrôleurs de l’autre.

Quand je vois écrit « taxations des externalités négatives », je sais que les promoteurs de ces fausses bonnes idées seront les derniers à promouvoir des compensations aux frontières pour limiter le dumping des pays qui n’auront pas ces mêmes contraintes.

Forcément, tout n’est pas à jeter dans ce rapport, mais on n’est tout de même surpris qu’après avoir fait le constat lucide de « la croissance des soutiens publics (couplés) à l’agriculture dans les pays émergents comme aux Etats-Unis » on érige l’Union européenne en « leader vertueux mais esseulé ».

Un tableau volontairement noirci ?

On peut certes avoir raison tout seul, pour autant, persister dans l’erreur a toujours conduit à des catastrophes !

Mieux encore, pour poursuivre de près, souvent avec envie, les évolutions du Farm Bill, il est difficile de cautionner des propos aussi lapidaires que définitifs sur les aides contracycliques et les systèmes assurantiels qui « ne sont pas une solution » pour l’Europe.

Bref, ce rapport procède d’une stratégie assez connue : on noircit le tableau du malade, on discrédite toutes les autres médecines (surtout celles qui marchent ailleurs) pour administrer le poison fatal. En d’autres termes : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !