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Je m’étonne chaque jour de la charge que l’on fait peser sur l’agriculteur français...

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Le livre de Christian PEES, "L'arme alimentaire, les clés de l'indépendance"
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15 avril 2008

Les émeutes de la faim se décident à Chicago

On croyait la spéculation sur les matières premières agricoles révolue, elle s’avère  l’une des causes premières des émeutes de la faim. Trompés par l’illusion d’une mondialisation libérale apportant une nourriture abondante et accessible pour tous, partout dans le monde, les français découvrent avec stupeur que la famine s’abat sur les populations les plus pauvres en Egypte, à Haïti, au Cameroun, au Mexique, en Indonésie... On attendait les conflits du pétrole puis del’eau, c’est l’alimentation qui aujourd’hui bouscule les équilibres mondiaux.

Cette situation dramatique trouve son origine dans une conjonction de facteurs identifiés qui ont entraîné une hausse des prix des matières premières agricoles. Selon l'index FAO, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 58% en un an, de 131% pour les céréales.
Les analyses de cette crise insistent peu sur le rôle insidieux de la spéculation. Jusqu’à présent, les politiques agricoles comme la PAC ou le Farm Bill américain avaient eu pour vertu de stabiliser les marchés agricoles et alimentaires et les mettre à l’abri des spéculateurs. Or la libéralisation galopante à ouvert la boîte de pandore : dans un contexte de hausse, les spéculateurs se sont reportés de l’immobilier, touché par la crise des subprime, vers un secteur agricole orienté à la hausse et connaissant de fortes fluctuations. La conséquence ne s’est pas fait attendre et l’opportunisme financier n’a fait qu’accentuer les écarts de prix ; les émeutes de la faim trouvent aussi leur origine à la bourse de Chicago ou de Londres.

21 mars 2008

Sortons l’agriculture de L’OMC

« Est-ce que l'OMC est bien le lieu pour discuter des questions liées à l'agriculture et l'alimentation ? ", s’est interrogé  Michel Barnier ce lundi à Bruxelles.
Je salue là le courage de notre Ministre de l’Agriculture qui ose poser la question qui fâche. En effet, est-il encore possible d’intégrer sur le même plan, dans les négociations internationales, l’industrie, les services et l’agriculture ?
La réponse est NON. Il faut gérer l’agriculture mondiale comme un secteur spécifique, pourquoi ?
Dans nos sociétés de confort, dans nos villes ou l’abondance est reine, nous avons oublié que 850 millions de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde et que la première urgence de l’homme est de se nourrir.
En cette période de hausse des prix des matières premières agricoles et de diminution des stocks mondiaux de céréales, Si dans nos pays riches, la polémique porte sur la baisse du pouvoir d’achat, pour les pays les plus démunis, les alertes à la famine se multiplient.
D‘ici à 2 générations, nous devrons nourrir 3 milliards de bouches supplémentaires. Il faut produire plus sur une petite planète menacée par les changements climatiques. Nous n’avons d’autre choix que d’appréhender l’agriculture autrement, réfléchir de manière globale et dépasser les égoïsmes nationaux.
L’agriculture est un secteur hautement stratégique et une pénurie agricole n’est pas comparable à une pénurie de biens industriels. Si l’on peut se passer de Playstation, nous ne pouvons faire l’impasse sur l’alimentation. Les français ont la mémoire courte, il n’est pas si loin le temps ou notre combat était l’autosuffisance alimentaire.
Enfin, il faut cesser de considérer l’agriculture comme une variable d’ajustement politique dans les tractations commerciales internationales. L’Europe et la France ont la fâcheuse tendance à lâcher sur l’agriculture pour espérer gagner sur l’industrie et les services. Ce n’est pas les conclusions du très politique « Grenelle de l’Environnement » (OGM contre nucléaire) qui vont redonner confiance en la matière aux agriculteurs français.

Les solutions existent. Au sein du Mouvement pour une Organisation Mondiale  de l’Agriculture nous appelons à la création d’une régulation mondiale spécifique à l’agriculture. Je vous invite vivement à prendre connaissance de nos travaux et de nos conclusions sur le site du  MOMA : http://www.momagri.org/.

02 mars 2008

Défense de l’agriculture : USA 1 – France 0

A quelques jours d’intervalle, j’ai pu mesurer l’écart qui sépare la France des Etats-Unis en matière de politique agricole. Quand certain font des promesses sans agir, d’autres agissent sans promettre… Question de culture me direz vous !

Acte 1. J’accueillais à Pau, le 7 février dernier Mme B. Berry, Ministre Conseillé aux Affaires Agricoles de l'Ambassade des Etats-Unis en France. Lors de notre AG, elle a clairement démontré l’importance stratégique que son pays accorde à l’agriculture. Pragmatiques et sûrs de leur fait, les américains ne s’embarrassent pas de précautions pour nous annoncer que le prochain « Farm Bill 2008-2012 » va maintenir toutes les mesures de soutien à la production comme aux exportations agricoles.
Autre différence avec la France, en matière de protection de l’environnement, les américains soutiennent ouvertement les OGM. car pour eux, ils permettent de réduire l’utilisation des pesticides. Mme B. Berry à conclu en évoquant le développement fulgurant des biocarburants US et les mesures incitatives mises en place par son gouvernement.

Acte 2. Salon de l’Agriculture ce week-end à Paris. Séance de rattrapage pour M. Sarkozy, après un Grenelle de l’environnement qui a plutôt déstabilisé le monde agricole. Notre Président a une nouvelle fois pris « l’engagement officiel d’une refondation de la politique agricole commune ». Il est temps, malgré un autre discours plein de promesses prononcé au SPACE à Rennes il y a peine 5 mois, la France agricole entend les mots mais attend toujours les actes.

Mesure de soutient et protectionnisme sans complexe d’un côté, promesses de rupture sans action concrète de l’autre. Il y a des jours ou le « farmer » me semble mieux loti que le paysan français. Il est vrai que les USA à la différence de la France ou de l’Europe, considèrent l’alimentation comme une arme, c'est pourquoi ils ont toujours protégé leur agriculture. Il y a quelques mois, j’écrivais dans mon livre : « Chez nous, il est à craindre que les "politiques" laissent l'agriculture au "placard" aussi longtemps que le spectre du manque et de la hausse des prix n'apparaîtra pas »... Au vu de la polémique sur le pouvoir d’achat, il me semble que nous sommes en train de franchir la ligne rouge.

15 février 2008

Retour gagnant de l'Ukraine

Fin janvier, je faisais partie de la délégation qui accompagnait Michel Barnier, notre Ministre de l’Agriculture lors de sa visite officielle en Ukraine. Jean-Jacques Hervé, un français installé sur place (il conseille le Ministre ukrainien de l’agriculture) nous a dressé le portrait de cette zone en plein développement.
Depuis l’effondrement de l’économie soviétique en 1991 et la crise de la fin des années 90, la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan connaissent un renouveau agricole sans précédent. Nous assistons à la naissance d’une super puissance céréalière aux portes de l’Europe. L’Ukraine à elle seule offre un potentiel de 42 millions ha cultivables (33 millions d’ha en France), on imagine sans mal la formidable promesse que ses « terres noires » recèlent.
A côté des petites et moyennes exploitations de 3 à 4 000 ha, on trouve des « Agro-holding » pesant plusieurs centaines de milliers d’ha… et si les rendements ne sont pas encore au top, les marges elles, n’ont pas grand-chose à envier à nos exploitations. D’ailleurs nombre de coopératives et entreprises occidentales dont Euralis prennent position sur ce marché prometteur. Le gouvernement y voit son intérêt, c’est pour le pays une manière rapide d’acquérir des technologies mais aussi de s’ouvrir les portes du marché de l’exportation notamment vers l’OCDE et l’OMC.

Ce qui me frappe dans ces pays, c’est l’envie de produire, une forte volonté affichée par les ukrainiens qui contraste avec le désintérêt croissant dont l’agriculture souffre dans notre pays.
Les français sont-ils conscients qu’abdiquer sur leur agriculture, c’est ne plus avoir de garantie sur la quantité et la qualité de ce qu’ils trouveront demain  dans leur assiette ?

29 octobre 2007

Pour toucher les français, il faut s’en prendre à leur porte-monnaie

La hausse actuelle des prix des matières premières agricoles aura au moins une vertu : elle rappelle brutalement aux Français à quel point notre pays a besoin de son agriculture pour garantir l’alimentation de ses concitoyens.

A l’heure où le Grenelle de l’Environnement prend fin, les français découvrent avec stupeur que l’abondance alimentaire et les prix bas des denrées ne sont pas éternellement garantis. Et là, il n’est plus seulement question d’évoquer les négociations à l’OMC ou des notions d’indépendance alimentaire que certains pouvaient juger aussi lointaines que théoriques. Nous sommes dans le concret et le quotidien : lait, beurre, céréales, viandes… bref, les produits de base de notre alimentation viennent de subir de brusques augmentations, ça fait mal au porte-monnaie d’autant plus ce n’est pas fini !

La faute à qui ? Tout simplement à une offre qui peine à satisfaire une forte demande. D’un côté les aléas climatiques perturbent et amoindrissent les récoltes de l’autre, une demande plus forte des pays en croissance à laquelle s’ajoute une concurrence « food versus fuel » alimentée par la demande mondiale sur les biocarburants.
Au final, un marché agricole mondial livré à lui-même avec à la clef rareté et pénuries. Le temps de la stabilité des prix agricoles et des produits alimentaires semble s’éloigner à grand pas… la foire d’empoigne ne fait que commencer !

16 août 2007

Hausse des prix, ne laissons pas le marché décider qui mangera ou pas demain

Inondations en Angleterre, sécheresse en Europe du Sud et en Australie, boum des biocarburants aux USA… Les stocks mondiaux de matières premières agricoles sont au plus bas depuis 25 ans. Cette année, l’Australie n’a produit que 9,5 millions de tonnes de blé au lieu des 25 de l’an passé ! Aussi rapidement que fondent les stocks mondiaux, les prix des matières premières agricoles s’envolent. La tonne de maïs se négocie autour de 218 € alors que le l’ai connu à 90 il y a quelques mois. Je ne peux m’en plaindre, nous sortons de 10 années de baisses consécutives des revenus des agriculteurs.
Ce qui me tracasse, c’est l’inévitable hausse de 3 à 5 % du coût des produits alimentaires que le consommateur va devoir encaisser à la rentrée, la pilule va avoir du mal a passer !

Quand les prix sont bas, c’est le revenu de l’agriculteur qui trinque, quand ils sont orientés à la hausse, c’est le porte monnaie du consommateur qui se vide. La raison de ce yo-yo ? Nous sommes dans l’absurdité d’un marché livré à lui-même. Aucune régulation ne vient juguler la fluctuation des stocks et donc des coûts. Le marché de l’alimentation mondiale est fragile, trop fragile. Nous sommes à la merci des aléas climatiques, économiques et politiques… Et à ce petit jeu, c’est toujours le plus pauvre qui trinque.

Comme je le préconise au sein du MOMA (voir le lien ci-contre), il faut une régulation mondiale des matières agricoles et des denrées alimentaires. Nous ne pouvons nous contenter de gérer au sein de l’OMC les échanges commerciaux agricoles et agroalimentaires comme les autres secteurs économiques. Pourquoi ? L’alimentation est le seul de ces secteurs à être vital pour la subsistance de l’humanité ! Nous ne pouvons laisser la loi du marché décider qui mangera ou pas demain !

21 mai 2007

Mme Lagarde, bienvenue en agriculture

Christine LAGARDE est notre nouvelle Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, je l’en félicite. Représentée par un Ministère à part entière, l’agriculture conserve toute son importance dans la politique de développement française.
Notre nouveau ministre présente un profil différent de ses prédécesseurs, plus international et plus stratégique, Christine Lagarde devrait nous permettre de faire face à 2 défis majeurs pour l’avenir de l’agriculture française et européenne. Le premier enjeu concerne le bouclage des négociations de l’OMC où l’Europe s’annonce comme la grande perdante ; nous ne pouvons nous satisfaire de ce résultat (voir mon post du 23 avril dernier). Le second, touche à la réforme de la PAC dont l’importance est vitale pour la France : un important point d’étape à mi-parcours est prévu en 2008 en vue de l’échéance de 2013.
Les politiques nationales agricoles ont vécu, l’agriculture moderne exige une véritable vision stratégique globale à l’échelle de la planète. Rompue aux négociations internationales, j’espère que Mme Lagarde, va porter haut les qualités de l’agriculture française.

C’est au nom des 15 000 adhérents et des 3 1000 salariés du Groupe EURALIS, que je souhaite bienvenue en agriculture à Mme Lagarde. Je me joins à eux pour inviter cordialement Mme Lagarde à venir découvrir, notre réalité quotidienne, ici dans le Sud-Ouest, grande terre d’agriculture.

27 avril 2007

Un marché sans règles est comme une démocratie sans loi

L’accord déséquilibré qui se profile au terme des négociations de l’OMC me conforte dans mes convictions : l’agriculture mondiale doit être régulée. Pourquoi ?
L’agriculture n’est pas un bien comme un autre, elle produit du vivant, elle est vitale pour l’homme. Ce qui n’est pas le cas de l’industrie, ni des services.
L’agriculture nécessite la création un organe spécifique mondial permettant à tous les pays de produire et d’échanger en bonne harmonie, dans un souci partagé de compétitivité et de solidarité.
Je tire le signal d’alarme. Parce qu’on lui applique des outils, des systèmes de pensée, des modèles et des lois qui ne lui sont pas adaptés, l’agriculture mondiale court à sa perte.
Un marché sans règles est comme une démocratie sans loi. C’est à de nouvelles instances internationales qu’incombe le devoir de protéger les citoyens du monde, en donnant à chaque pays les moyens de conquérir son indépendance alimentaire – ou de la préserver.
C’est la voie que nous préconisons au MOMA (Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture). Ce mouvement est né d’une rencontre entre quelques membres du monde coopératif agricole et quelques grands économistes français habités par une même vision.
Le MOMA n’a pas pour vocation de concurrencer l’OMC. Nous souhaitons au contraire lui apporter les services d’un organe de consultation doté d’outils spécifiquement conçus pour résoudre les problèmes d’une agriculture mondialisée.
J’affirme que l’agriculture de demain sera mondialement régulée – ou ne sera pas.

23 avril 2007

Au jeu de l’agriculture libérale, il y a toujours un perdant !

Plus les réflexions de l’OMC avancent, plus je pressens que l’agriculture européenne doit se préparer à être attaquée sans qu’elle ait les moyens de riposter. Nous aurions pu espérer que notre nouveau (nouvelle) Président(e) s’oppose à cette situation, mais cela ne semble être la priorité ni de l’un ni de l’autre.

Les négociations de l’OMC se poursuivent et je suis d’accord avec Henri Nallet quand il écrit dans « Le Monde » que l’Europe s’annonce comme la grande perdante. Les débats se sont une nouvelle fois concentrés sur les enjeux agricoles et on ne peut que constater que l’agriculture européenne va en sortir très affaiblie.
Face aux Etats-Unis, au Brésil et à la chine, nous avons accordé des concessions sans qu’aucunes contreparties ne soient obtenues. L’Europe a accepté de réformer sa PAC et à partir de 2013, de supprimer toutes ses aides aux exportations. Pour faire court, de renoncer à toutes les aides qu’elle octroyait à son agriculture.
Grands naïfs que nous sommes ! Nous attendions en retour que les grands pays agricoles en fassent de même… Peine perdue, les Etats-Unis n’ont pris aucuns engagements identiques et vont même continuer, en toute impunité, à soutenir leur agriculture sous des formes à peine déguisées. On nous avait promis un grand « gagnant-gagnant » libéral, nous aurions du jouer un strict « donnant-donnant » équitable.
La suppression des aides est prévue pour rétablir, à un juste niveau, les cours mondiaux des matières premières agricoles… Encore faut-il que ladite suppression soit appliquée par tous !
Si vous pensez que l’Europe va se « refaire la cerise » sur l’industrie et les services, je vous arrête tout de suite aucune avancée significative n’est en vue.
L’agriculture européenne est en déshérence et ce, dans une indifférence généralisée. Je ne peux m’y résoudre.