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Je m’étonne chaque jour de la charge que l’on fait peser sur l’agriculteur français...

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Le livre de Christian PEES, "L'arme alimentaire, les clés de l'indépendance"
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29 août 2007

La production agricole mondiale doit doubler d’ici 2050, mais pas n’importe comment !

Par Michel Griffon,
Ingénieur agronome et économiste, responsable du département "agriculture et développement durable" au sein de l'Agence Nationale de la Recherche et auteur de "Nourrir la planète" (Odile Jacob, 2006).

Après 19 siècles d’une lente progression, la courbe de la population mondiale s’affole. Passée de 1,5 à 2,5 milliards entre 1900 et 1950, puis à 6 milliards en 2000, elle atteindra 9 milliards en 2050, pour s’aplanir ensuite. Autant dire que l’agriculture vit un phénomène unique dans l’histoire du monde. Peinant à nourrir la population actuelle, comment y parviendra-t-elle avec moitié plus d’habitants dans 50 ans ? Les transformations à apporter sont immenses et doivent se faire vite, sur une route étroite !

Augmenter les surfaces cultivables ? Obligatoire, malgré un espace planétaire très utilisé. Intensifier les rendements ? Jusqu’à doubler la production, même si ce sera difficile, ayant moins d'eau disponible pour l'irrigation et des coûts d’engrais suivant ceux du pétrole. Et l'agriculture à haut rendement induit des désordres environnementaux ; elle devra changer ! Surtout qu’en même temps, il faudra gérer de grands problèmes écologiques avec lesquels l’agriculture a partie liée, tel l’effet de serre ou le maintien de la diversité biologique. Pas d’autre voie que de concilier vertus productives, respect de l’environnement et gestion durable des ressources naturelles !

D’ici 2050, les échanges internationaux augmenteront pour faire face aux besoins alimentaires. La population d'Asie augmentera beaucoup alors qu’elle utilise déjà presque toutes ses terres, avec des rendements élevés. Elle devra importer. Par contre, l'Amérique latine deviendra peu à peu le grenier alimentaire de l'Asie, avec ses vastes réserves de terre et des rendements améliorables. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient utilisent presque tout l'espace et l'eau disponibles ; eux aussi importeront. La population d'Afrique subsaharienne va vite croître et  connaîtra des risques de pénurie car, malgré des terres libres, la production augmente lentement. Les besoins des Etats-Unis et de l'Union européenne seront stables, mais avec des coûts de production élevés. L'Europe de l'Est et la Russie peuvent jouer un rôle exportateur au vu de leurs importantes réserves de terre et de productivité.

La révolution verte, version tropicale de celle de l’Europe d’après guerre, a démarré en Inde dans les années 1960 et touché nombre de régions des pays en développement. Elle a permis une forte augmentation des rendements et, donc, évité du déboisement. Mais les rendements stagnent. Les pollutions par l'usage de molécules chimiques se maîtrisent mal, la consommation d'eau des nappes profondes est souvent trop élevée et beaucoup d'espèces végétales et animales disparaissent. Cette technologie atteint ses limites.

Le rôle de l’agriculture s’est longtemps limité à la production des aliments. Depuis peu, s’y ajoute celle de biocarburants, d’où une concurrence frontale. Cela devrait se traduire par la hausse des premiers et le maintien de tarifs hauts pour les seconds. Toutefois, consacrer beaucoup d’énergie pour produire de l’énergie, base essentielle des engrais, s’avère une absurdité économique.

L’intensification écologique de l’agriculture des pays riches est possible. Nous voilà devant un autre bouleversement, la révolution doublement verte. Son concept vise à concilier les vertus productives de la révolution verte avec le respect de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles : eau, fertilité des sols et biodiversité. Finie l’agriculture intensive en molécules chimiques et en énergie. Place à l’agriculture intensive en fonctionnalités écologiques et en connaissances scientifiques nouvelles destinées à optimiser le fonctionnement écologique des écosystèmes.

S’ils se substituent à d'autres risques, les OGM actuels ne sont pas essentiels. Il faut accélérer la recherche sur de futures générations scientifiques servant à étendre des fonctionnalités utiles existant dans la nature, comme la résistance des plantes à la sécheresse ou la salinité. Cependant, il existe bien d'autres méthodes efficaces pour créer des variétés utiles et autant d’autres solutions venant du domaine de l'écologie scientifique.

La sécheresse deviendra un terrible ennemi. Réaménager des paysages écologiques pour améliorer leur capacité de rétention en eau permettra de la contrer. Si les perspectives françaises du GIEC (climat de type méditerranéen sur une grande partie du pays) se réalisent, cela s’imposera. Et, en la matière, l’avenir de la PAC passe par le financement des transitions nécessaires à une agriculture adaptée au climat et très productive.

Par Michel Griffon

30 mai 2007

Biotechnologies et nanotechnologies : progrès ou régression ?

Par Joël de Rosnay, auteur des livres :
« Une vie en plus, la longévité pourquoi faire ? », Seuil, 2005
« La révolte du pronétariat, des mass media aux media des masses », Fayard, janvier 2006
« 2020 : Les scénarios du futur, comprendre le monde qui vient », Des Idées & des Hommes, 2007
www.derosnay.com
www.unevieenplus.com
www.pronetaire.com
www.scenarios2020.com

A la fois objet et sujet de la révolution biologique, l’homme tient entre ses mains l’avenir de l’espèce humaine. Il se situe à la charnière d’un « micromonde » - qui le détermine en partie - et d’un « macromonde » sur lequel il agit et qui, en retour, conditionne son existence. Sa vie dépend du moléculaire et du microscopique : protéines, gènes, cellules… Mais elle dépend aussi collectivement de son action sur la société humaine et l’écosystème sur lesquels reposent son développement et son avenir. Cette connaissance récente du micromonde et les conséquences de son action sur le macromonde bouleversent les relations que l’homme a tissées avec la nature et avec lui-même : Il peut aujourd’hui orienter une partie de l’évolution biologique par le génie génétique, la génomique ou la transgénèse. Il a le pouvoir de modifier son environnement sociétal et écologique par l’accroissement des inégalités économiques entre les hommes, la pollution ou l’altération des cycles naturels. Mais aussi celui de satisfaire les besoins et les aspirations de l’humanité.

L’évolution des relations entre l’Homme et les sciences du vivant peut être envisagée en quatre grandes phases : le passage d’une biologie « descriptive » (classement des espèces), à une biologie « explicative » par suite de l’essor de la biologie moléculaire, puis « transformatrice » par le génie génétique et les biotechnologies, et désormais « impliquante » en raison des progrès de la génomique conduisant l’homme à devenir sujet et objet de ses propres expériences.

L’approche « descriptive » de la biologie était la seule utilisée quand, lors de la découverte de la multitude des espèces vivantes, il fallait les analyser, les classer, rechercher les parentés. Cette approche a ses avantages : clarté, fil directeur, filiations. Mais elle occulte les mécanismes fondamentaux de l’évolution biologique. La biologie de « transformation » est née avec la capacité de reprogrammer la vie. La biologie moléculaire a permis de comprendre les processus de base du fonctionnement des cellules, d’abord des bactéries, puis ensuite des cellules évoluées. Le génie génétique a permis de créer un véritable langage de programmation moléculaire. La biologie est ainsi devenue une science de « traitement de l’information biologique » assistée par des moyens techniques puissants. Grâce aux biotechnologie, les sciences et techniques du vivant ont acquis une dimension industrielle : la transformation des biomatériaux et des cellules se réalisant à l’échelle de la planète, de manière compétitive et concurrentielle comme pour toute industrie, conduisant à des produits intéressant l’industrie pharmaceutique, agro-alimentaire, la chimie, l’environnement ou le secteur de l’énergie.

Avec la génomique, la transgénie, la bioinformatique, cette évolution atteint un nouveau stade : la biologie devient « implicante ». Elle questionne directement l’homme sujet et objet, ingénieur des gènes, magicien du clonage, apprenti sorcier des OGM. Nous transformons la biosphère et cette transformation nous change de manière irréversible.

Au cours de ces importants développements scientifiques et technologiques, on a pu constater que de plus en plus, le moléculaire, le numérique et le mécanique entraient en interdépendance. Cette convergence se traduit par des relations toujours plus étroites entre biotechnologies, infotechnologies, nanotechnologies et microélectronique. Grâce à l'ordinateur il est devenu possible, non seulement de visualiser des molécules complexes, mais de vérifier les modifications que l'on pouvait réaliser, d'abord en numérique et ensuite au laboratoire. Et l'essor d'outils puissants, tels que le microscope à effet tunnel (MET), le microscope à force atomique, (MFA), les biotransistors et l'électronique moléculaire ouvrent des voies nouvelles. Les percées réalisées dans la mise au point de nouveaux médicaments à partir du décryptage du génome humain s'appuient sur une relation toujours plus étroite entre biologie et informatique.

L’évolution technologique se produisant à partir de la convergence de ces nouvelles disciplines scientifiques conduit à des nouveaux matériaux, dits “ intelligents ”, à des puces implantables susceptibles de traiter de nombreux désordres métaboliques (rétine artificielle, audition artificielle, pompe à insuline, simulateurs ou défibrillateurs cardiaques), à des biopuces destinées à des tests biochimiques et médicaux ou à des machines moléculaires capables d'exécuter de nombreuses fonctions. De plus, les nanotechnologies nous ouvrent un nouvel univers de fabrication de pièces miniaturisées pouvant servir dans des systèmes de diagnostics ou des appareils implantables. Ainsi, des nanolaboratoires  peuvent analyser en parallèle plus de 500.000 molécules nouvelles par jour ; des micro-usines fondées sur le principe des MEMS (microelectromecanical systems), sont capables de synthétiser des structures complexes, de séparer des mélanges comportant des concentrations très faibles de molécules, ou de procéder à la catalyse de processus variés.

Les nanotechnologies sont susceptibles d'engendrer de nouveaux risques. C’est pourquoi il est nécessaire, me semble-t-il, d’organiser des enquêtes indépendantes et des débats publics. Car construire notre avenir implique de penser au-delà des nanotechnologies. Vers ce que j’ai appelé la « biotique », le mariage de la biologie et de l’informatique, ou encore la « biologie de synthèse », dont l’objectif est de « recréer la vie ». Engagé dans la course aux nanotechnologies, à la bionique ou à la biotique, l'homme va-t-il être jaugé à l'aune de l'humain ou de la machine ? L'environnement que nous transformons nous transforme en retour. Nous ne sommes déjà plus les mêmes avec Internet et les outils portables de communication. De même que l'imprimerie, le téléphone, la télévision et l'ordinateur nous ont changé de manière irréversible, les nanotechnologies, la vie artificielle, les biorobots, les prothèses implantables où les vêtements communicants sont en train de nous reconstruire. Nous sommes en train de réinventer l'homme. Mais de quel homme va-t-il s'agir ? Un individu relié à une entité plus grande que lui dans une symbiose d'un nouvel ordre ? Ou un être fragile dominé par une organisation biocybernétique qui contrôlerait tous les aspects de sa vie ? Progrès ou régression ? La meilleure façon de prédire l'avenir est encore de l'inventer. C'est pourquoi il nous faut comprendre de tels enjeux scientifiques et technologiques afin de nous responsabiliser de manière individuelle, collective et solidaire, pour construire notre futur plutôt que le subir.

Par Joël de Rosnay

06 mars 2007

Progrès, je t’aime, moi non plus

La notion de progrès est arrivée avec l’ère industrielle. L’idée que le progrès scientifique et technique était toujours bon pour l’humanité s’est alors  imposée. Cela se comprend aisément car la maîtrise d’un certain nombre de techniques a en effet apporté un bien-être sans précédent aux communautés qui ont pu en bénéficier. Cette conception du progrès matériel s’accompagnait à la suite du siècle des lumières d’une autre qui voulait que l’homme allait devenir bon dès lors qu’il ne serait plus malheureux.

Las, cet optimisme a été cruellement malmené, surtout en Europe, par les mésaventures humaines qui caractérisent le XXème  siècle. L’homme est un perpétuel insatisfait qui oublie vite les conditions dans lesquelles vivaient ses ancêtres même proches. Il est malheureusement également assez peu enclin à se projeter dans l’avenir bien que les performances de son cerveau lui permettent de le faire, jusqu’à un certain point au moins. Le progrès s’accompagne de problèmes qu’il n’est pas besoin de décrire en détail. Ces problèmes se cumulent depuis quelques temps ou sont perçus comme tels. Les épidémies de vaches folles et des oiseaux atteints de grippe aviaire mais aussi l’effet de serre, entre autres, laissent aux citoyens des pays riches un sentiment d’insécurité. C’est oublier que la nourriture n’a jamais été globalement aussi saine et abondante, que la santé des gens s’est considérablement améliorée jusqu’à permettre de gagner actuellement un trimestre de vie par an. Cela ne suffit évidemment pas à supprimer l’angoisse de  la mort qui ne quitte jamais le cerveau de l’homme. A cela, il faut ajouter la dureté qu’impose l’économie moderne qui a pris le pouvoir aux dépens d’une bonne partie de ceux qui créent les richesses et surtout des  plus faibles. Les découvertes et l’émergence de nouveaux produits vont beaucoup plus vite qu’autrefois et la paresse naturelle de l’homme le place de plus en plus souvent en face  de l’inconnu qui est par essence inconfortable.

Tout cela fait que nos contemporains se retrouvent quelque peu déboussolés et désenchantés. La techno-science est donc prise à partie et jugée responsable de tous  les maux ou peu s’en faut. Il est incontestable que l’homme agit avec empirisme et  se trompe souvent mais il ne peut faire autrement. Il pourrait tout de même faire mieux en mettant en place plus systématiquement des instances de prévision et de traitement des risques allant jusqu’à s’opposer à l’exploitation de nouveaux procédés jugés à risque malgré leur excellence technique. C’est ce qu’on appelle le principe de précaution qui n’est guère qu’une version moderne du proverbe « en cas de doute, abstiens toi ».

Les OGM sont un des plus beaux cadeaux que les biologistes ont pu faire aux agriculteurs et à travers eux aux consommateurs alors que ces nouveaux produits sont considérés comme une des dernières inventions calamiteuses de chercheurs nécessairement fous. Les OGM sont de plus sensés être au centre d’un complot de type mondialiste n’ayant d’autre but que d’enrichir encore les plus les puissants et d’affamer les plus démunis tout en détruisant la planète. La réalité est bien différente mais il est actuellement en pratique impossible de le faire savoir tant les opposants sont omniprésents dans les media. Le succès des OGM dans le monde n’a pas d’équivalent dans l’histoire des semences et ils profitent de manière très significative et croissante aux pays pauvres. L’opinion publique demande légitimement des garanties de sécurité alimentaire et environnementale. Si elle était mieux informée, elle pourrait constater que le principe de précaution est effectivement mis en œuvre depuis le début de la banalisation du génie génétique dans les laboratoires et les entreprises, il y a plus de vingt ans. La sélection via les OGM n’est d’autre part pas fondamentalement plus risquée que la sélection conventionnelle pratiquée en aveugle depuis 10 000 ans. Les OGM sont par ailleurs la nourriture la plus surveillée et donc potentiellement la plus sûre. La mise en place de moratoires généralisés sur les OGM ne se justifie donc plus. Le  rejet de projets inacceptables se fait désormais en routine au cas par cas par les agences de régulation nationales et internationales.

Les consommateurs sont peu convaincus de l’intérêt des OGM actuels qui ont été conçus pour aider les agriculteurs et non pour répondre à une demande des consommateurs. Les OGM de deuxième génération sont destinés surtout à améliorer la qualité des produits alimentaires et à préserver l’environnement. Les OGM sont devenus le symbole du mal et le bouc émissaire du moment. A travers eux s’expriment un rejet du progrès en bloc ainsi qu’une condamnation du libéralisme et de la mondialisation. Au total, il est patent que le débat sur les OGM n’a qu’un rapport très relatif avec les OGM. Les OGM ont bons dos. La mauvaise image du progrès que porte les OGM n’empêche pas nombre de consommateurs, y compris d’opposants, de se jeter sur les dernières nouveautés qui pourtant enrichissent ceux  qui ont investi dans leur production mais pas toujours ceux qui les produisent. Les OGM offrent un champ d’action idéal à ceux qui veulent s’opposer par principe et à ceux qui  savent tirer profit de cette situation de diverses manières. Les OGM sont un moyen efficace de concentrer la protestation citoyenne et de faire oublier d’autres problèmes de société autrement plus graves.

Les citoyens sont assez grands pour se forger leur propre opinion, mais cela suppose qu’ils soient bien informés. L’opposition en tant que telle a elle aussi ses règles éthiques propres. Force est de constater qu’elles sont bien souvent bafouées.
Pour plus d’information, je vous invite à consulter les articles sur les OGM de la revue Science et pseudo-sciences : http://www.pseudo-sciences.org.

par Louis-Marie Houdebine

M. Houdebine est biologiste et chercheur, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles scientifiques sur les OGM.

25 août 2006

3 questions à Patrick Messerlin

Quels sont les enjeux de la mondialisation pour l’agriculture ?
La mondialisation est une chance pour l’agriculture européenne. A condition que l’Europe sache choisir les marchés porteurs pour son avenir. Il lui faut développer les produits où elle est la plus performante, où elle peut réellement prendre l’avantage sur ses concurrents. Alors les agriculteurs français y trouveront leur compte.
Car pour réussir cette mutation, l’agriculture française dispose d’un atout formidable : sa réputation du pays des « chefs » d’une « cuisine » exigeant des produits agricoles remarquables. La qualité de son alimentation doit être un moteur pour son agriculture. Nous devons nous orienter vers une agriculture plus haut de gamme, portée vers la qualité… Dans ces conditions, je suis convaincu que l’agriculture est un métier d’avenir. Reste qu’il va falloir savoir prendre le virage. Les dix prochaines années seront décisives, et c’est dès maintenant qu’il faut savoir saisir les meilleures opportunités.

Choisir des marchés porteurs… Est-ce à dire que vous privilégiez l’agriculture de niche ?
En privilégiant les produits dans lesquels on est le plus performant, on est forcément dans une logique de niches – on choisit ses produits, on les veut, on les fait différents de ceux des autres. Depuis toujours, l’alimentaire est un puits sans fin de diversités et de variétés.
Pour autant, l’agriculture française doit concilier productivité et productions de niche, et il n’est pas question d’abandonner les « grandes » cultures. Mais la PAC ancienne version a forcé les agriculteurs européens à plus de productivité à tout prix avec une mécanique simple, mais infernale : en subventionnant, on incitait à augmenter la production, mais du coup, on déprimait les prix et on se concentrait sur quelques produits normalisés. Cet engrenage infernal a créé la surenchère entre l’Europe et les Etats-Unis qui, à eux deux, accordent près de 90 % des subventions agricoles dans le monde. Sans elles, les prix agricoles remonteraient progressivement d’eux-mêmes, souvent de 10 à 20 %. Bien sûr, on ne va pas éliminer les subventions du jour au lendemain. Mais souvenons-nous de l’industrie : il a fallu 50 ans pour la libéraliser. Il en faudra sans doute autant pour l’agriculture.
La PAC nouvelle version commence à nous remettre sur le bon chemin : en subventionnant plus volontiers la qualité que la quantité, en incluant un volet environnemental, elle commence à rééquilibrer production de masse et production de qualité, plus écologique… nous préparant au monde que je décrivais plus haut.

Vous prônez la libéralisation des échanges et leur internationalisation.
Est-il possible, pour une coopérative, de se déployer à l’étranger ?

Les coopératives agricoles sont, par définition, ancrées dans leurs territoires d’origine, une différence majeure d’avec les grandes entreprises multinationales. Mais cela ne signifie pas que les coopératives ne doivent pas se déployer à l’international, ce qui passe souvent par une logique d’implantation au plus près des marchés à potentiel.
Les coopératives ont intérêt à adopter une stratégie complémentaire de développement régional et mondial. Ce double objectif peut se traduire ainsi : des positions commerciales fortes à l’international permettent d’assurer les débouchés pour les productions agricoles locales ; et un développement de ces dernières qui soit bien conçu car nourri d’une bonne connaissance des besoins des consommateurs dans le monde entier renforce les performances internationales. Cette politique a pour effet bénéfique de créer de la valeur pour les adhérents, actionnaires de leur coopérative.
Le duo local/international n’est donc pas antinomique, mais bien au contraire complémentaire. Dans un contexte de mondialisation, il est probablement une des conditions de la survie des coopératives. Si elles réussissent ce pari, leur avenir est devant elles : le leur, et donc celui de leurs adhérents !