Depuis le 30 avril dernier, l’agriculture française est mise à nu. En effet, la première liste officielle des bénéficiaires de la PAC (Politique agricole commune) en France a été publiée et un voile s’est levé sur les bénéficiaires des quelque 9 milliards d’aides publiques distribuées chaque année.
La transparence, en soit, est positive, à la condition de faire preuve d’un minimum de pédagogie et de rappeler les deux éléments majeurs qui caractérisent cette aide publique.
Tout d’abord, ces subventions, instaurées par la deuxième PAC de 1992, visaient à compenser l’alignement des prix européens sur les cours mondiaux qui ne sont rien d’autre que de faux prix issus d’un dumping environnemental et social — les prix agricoles avaient alors baissé de 30%.
Ensuite, la PAC ne constitue pas un revenu. A l’appui de ma démonstration, je développerai un exemple :
- Je suis un agriculteur et j’ai vendu mon maïs 110€/T
- Sachant que je récolte 10T/ha, j’ai donc reçu 1 100€/ha du marché
- Une somme à laquelle s’ajoutent 350€/ha en provenance de la PAC
- Ma recette globale est donc de 1 450€/ha
- Mes charges, elles, s’élèvent à 1 400€/ha
- Au final, j’ai gagné 50€/ha
De ce raisonnement découle bien une certitude : le marché ne rémunère pas le producteur. En outre, les principaux bénéficiaires de la PAC ne sont pas les agriculteurs eux-mêmes mais tous les fournisseurs de biens et de services en direction de l’agriculture (distributeurs, vendeurs de matériel agricole, propriétaires fonciers, etc.) qui adaptent leurs prix de vente au pouvoir d’achat de l’agriculteur. C’est d’ailleurs là le propre de toute subvention : elle entraîne inéluctablement une inflation du prix du produit subventionné — Il n’y a qu’à observer ce qui se passe avec la pompe à chaleur ou la "prime à la casse"…
C’est pourquoi je suis convaincu que, d’une façon générale, une subvention ne peut être que ponctuelle — servir à lancer une action puis disparaître — sinon le marché s’adapte et le contribuable finit par trinquer pour le consommateur. Ramenée à l’agriculture, cette théorie pose la question suivante : quelle différence y-a-t’il entre acheter plus cher sa nourriture mais payer moins d’impôts — l’agriculture n’étant plus subventionnée — ou se nourrir à bas prix et rétribuer l’agriculteur via sa feuille d’impôts, comme aujourd’hui ?
Tous ces constats nous poussent à ne pas manquer l’échéance 2013 et à avancer, dès aujourd’hui, des propositions qui, pour certaines, peuvent sembler iconoclastes. Ne vaudrait-il pas mieux, par exemple, utiliser cette masse d’aides — dont nous pouvons parfois douter de l’efficacité — pour réorienter l’agriculture et réguler les prix des matières premières ? L’Union européenne, sous prétexte de la complexité présumée d’un tel système, refuse d’étudier cette alternative. De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis n’ont pas hésité à franchir ce pas.
Dans le cadre du Momagri, nous prônons également cette régulation qui devrait constituer un élément fondamental de la nouvelle PAC. Car, dans le contexte de crise actuel, le système de l’aide directe n’est plus compris ni accepté par l’opinion publique. Les Etats, confrontés à des déficits abyssaux, finiront sans aucun doute par piocher dans le budget de la PAC. De même, les PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale) ne vont pas tarder à exiger un traitement égalitaire dans la répartition des aides. En 2013, il sera trop tard.
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