Neuf mois que je ne me suis pas exprimé sur cette plateforme. Aujourd’hui, certains événements me poussent à rompre mon silence électronique. Je veux bien sûr parler du G8 Agriculture qui s’est déroulé en Italie les 18, 19 et 20 avril derniers.
Réunis pour la première fois, les ministres de l’Agriculture des huit pays les plus riches (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Japon, Italie, Royaume-Uni et Russie) ont planché sur la sécurité alimentaire et les moyens de limiter la volatilité des prix. Enfin, oserais-je dire, l’alimentation devient un enjeu stratégique. Et pour cause.
Selon la FAO, l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, le nombre de personnes sous-alimentées se rapproche du milliard. Un chiffre qui pourrait encore dangereusement augmenter en raison de la crise économique qui fragilise les pays en développement et entraîne une baisse des investissements. Nous sommes donc bien loin des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), adoptés lors du sommet de l’ONU en septembre 2000, qui prévoient de diviser par deux le nombre de mal-nourris d’ici à 2015.
Dans leur déclaration finale, les ministres ont préconisé une série de mesures, parmi lesquelles : la lutte contre les spéculations financières, une augmentation des investissements agricoles publics et privés et la création de réserves alimentaires. La démarche est certes louable puisqu’elle remet l’agriculture au centre du développement. Toutefois, elle n’a débouché sur aucune action concrète et les propositions restent soumises à l’approbation — et à l’adoption de mesures véritables — du G8 des Chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunira en juin prochain. Surtout, il serait grand temps de passer du G8 au G20 dans la mesure où des pays tels que le Brésil, la Chine ou l’Inde comptent désormais au moins autant pour l’agriculture mondiale que les Etats-Unis…
L’idée essentielle, à mes yeux, dégagée par le texte final, réside dans la volonté de créer une "gouvernance" qui prendra la forme d’un comité d’experts et qui se consacrera exclusivement au problème de la faim et du développement agricole, à l’instar du Giec (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) pour les changements climatiques. Une "gouvernance" dont je suis un ardent défenseur et qui constitue le fer de lance de Momagri (Mouvement pour une Organisation Mondiale de l’Agriculture). Reste à convaincre les Etats d’instaurer une régulation des marchés agricoles — les Etats-Unis, notamment, font de la résistance —, faute de quoi les vœux du G8 Agriculture resteront pieux…
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