La production agricole mondiale doit doubler d’ici 2050, mais pas n’importe comment !
Par Michel Griffon,
Ingénieur agronome et économiste, responsable du département "agriculture et développement durable" au sein de l'Agence Nationale de la Recherche et auteur de "Nourrir la planète" (Odile Jacob, 2006).
Après 19 siècles d’une lente progression, la courbe de la population mondiale s’affole. Passée de 1,5 à 2,5 milliards entre 1900 et 1950, puis à 6 milliards en 2000, elle atteindra 9 milliards en 2050, pour s’aplanir ensuite. Autant dire que l’agriculture vit un phénomène unique dans l’histoire du monde. Peinant à nourrir la population actuelle, comment y parviendra-t-elle avec moitié plus d’habitants dans 50 ans ? Les transformations à apporter sont immenses et doivent se faire vite, sur une route étroite !
Augmenter les surfaces cultivables ? Obligatoire, malgré un espace planétaire très utilisé. Intensifier les rendements ? Jusqu’à doubler la production, même si ce sera difficile, ayant moins d'eau disponible pour l'irrigation et des coûts d’engrais suivant ceux du pétrole. Et l'agriculture à haut rendement induit des désordres environnementaux ; elle devra changer ! Surtout qu’en même temps, il faudra gérer de grands problèmes écologiques avec lesquels l’agriculture a partie liée, tel l’effet de serre ou le maintien de la diversité biologique. Pas d’autre voie que de concilier vertus productives, respect de l’environnement et gestion durable des ressources naturelles !
D’ici 2050, les échanges internationaux augmenteront pour faire face aux besoins alimentaires. La population d'Asie augmentera beaucoup alors qu’elle utilise déjà presque toutes ses terres, avec des rendements élevés. Elle devra importer. Par contre, l'Amérique latine deviendra peu à peu le grenier alimentaire de l'Asie, avec ses vastes réserves de terre et des rendements améliorables. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient utilisent presque tout l'espace et l'eau disponibles ; eux aussi importeront. La population d'Afrique subsaharienne va vite croître et connaîtra des risques de pénurie car, malgré des terres libres, la production augmente lentement. Les besoins des Etats-Unis et de l'Union européenne seront stables, mais avec des coûts de production élevés. L'Europe de l'Est et la Russie peuvent jouer un rôle exportateur au vu de leurs importantes réserves de terre et de productivité.
La révolution verte, version tropicale de celle de l’Europe d’après guerre, a démarré en Inde dans les années 1960 et touché nombre de régions des pays en développement. Elle a permis une forte augmentation des rendements et, donc, évité du déboisement. Mais les rendements stagnent. Les pollutions par l'usage de molécules chimiques se maîtrisent mal, la consommation d'eau des nappes profondes est souvent trop élevée et beaucoup d'espèces végétales et animales disparaissent. Cette technologie atteint ses limites.
Le rôle de l’agriculture s’est longtemps limité à la production des aliments. Depuis peu, s’y ajoute celle de biocarburants, d’où une concurrence frontale. Cela devrait se traduire par la hausse des premiers et le maintien de tarifs hauts pour les seconds. Toutefois, consacrer beaucoup d’énergie pour produire de l’énergie, base essentielle des engrais, s’avère une absurdité économique.
L’intensification écologique de l’agriculture des pays riches est possible. Nous voilà devant un autre bouleversement, la révolution doublement verte. Son concept vise à concilier les vertus productives de la révolution verte avec le respect de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles : eau, fertilité des sols et biodiversité. Finie l’agriculture intensive en molécules chimiques et en énergie. Place à l’agriculture intensive en fonctionnalités écologiques et en connaissances scientifiques nouvelles destinées à optimiser le fonctionnement écologique des écosystèmes.
S’ils se substituent à d'autres risques, les OGM actuels ne sont pas essentiels. Il faut accélérer la recherche sur de futures générations scientifiques servant à étendre des fonctionnalités utiles existant dans la nature, comme la résistance des plantes à la sécheresse ou la salinité. Cependant, il existe bien d'autres méthodes efficaces pour créer des variétés utiles et autant d’autres solutions venant du domaine de l'écologie scientifique.
La sécheresse deviendra un terrible ennemi. Réaménager des paysages écologiques pour améliorer leur capacité de rétention en eau permettra de la contrer. Si les perspectives françaises du GIEC (climat de type méditerranéen sur une grande partie du pays) se réalisent, cela s’imposera. Et, en la matière, l’avenir de la PAC passe par le financement des transitions nécessaires à une agriculture adaptée au climat et très productive.
Par Michel Griffon
Commentaires