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Je m’étonne chaque jour de la charge que l’on fait peser sur l’agriculteur français...

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Le livre de Christian PEES, "L'arme alimentaire, les clés de l'indépendance"
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30 août 2007

Réponse aux derniers commentaires

Il est vrai qu’il y a 20 ans nous avons connu des prix similaires à ceux d’aujourd’hui, le maïs se vendait alors autour d’1,5 francs le kilo. Ce n’est pas tant l’actuel coût élevé des matières premières qui m’inquiète que le contexte dans lequel cette flambée s’inscrit. Petit rappel, en 1992, il a fallu une refonte de la PAC pour que les prix des produits alimentaires s’orientent à la baisse.
La donne n’est plus la même aujourd’hui, sur le long terme des éléments structuraux posent problème. Premièrement, la mort annoncée de la PAC et son effet régulateur va laisser place à la dure loi des marchés et à ses incertitudes. Deuxièmement, l’explosion de la démographie mondiale va entraîner une forte demande de denrées alimentaires. La raréfaction de la surface agricole dans le monde aggravant ce phénomène. Troisièmement la concurrence entre productions agricoles destinées à l’alimentation et à l’énergétique va s’accroître. Bref l’agriculture mondiale est face à des enjeux dont peu de gens semble mesurer la portée.

Pour ce qui est de la diminution de la part de l’alimentaire dans le budget des familles françaises, je constate avec vous qu’en 25 ans nous sommes passés de 20 % à 13%... Vous imaginez bien que je suis le premier à le déplorer.

29 août 2007

La production agricole mondiale doit doubler d’ici 2050, mais pas n’importe comment !

Par Michel Griffon,
Ingénieur agronome et économiste, responsable du département "agriculture et développement durable" au sein de l'Agence Nationale de la Recherche et auteur de "Nourrir la planète" (Odile Jacob, 2006).

Après 19 siècles d’une lente progression, la courbe de la population mondiale s’affole. Passée de 1,5 à 2,5 milliards entre 1900 et 1950, puis à 6 milliards en 2000, elle atteindra 9 milliards en 2050, pour s’aplanir ensuite. Autant dire que l’agriculture vit un phénomène unique dans l’histoire du monde. Peinant à nourrir la population actuelle, comment y parviendra-t-elle avec moitié plus d’habitants dans 50 ans ? Les transformations à apporter sont immenses et doivent se faire vite, sur une route étroite !

Augmenter les surfaces cultivables ? Obligatoire, malgré un espace planétaire très utilisé. Intensifier les rendements ? Jusqu’à doubler la production, même si ce sera difficile, ayant moins d'eau disponible pour l'irrigation et des coûts d’engrais suivant ceux du pétrole. Et l'agriculture à haut rendement induit des désordres environnementaux ; elle devra changer ! Surtout qu’en même temps, il faudra gérer de grands problèmes écologiques avec lesquels l’agriculture a partie liée, tel l’effet de serre ou le maintien de la diversité biologique. Pas d’autre voie que de concilier vertus productives, respect de l’environnement et gestion durable des ressources naturelles !

D’ici 2050, les échanges internationaux augmenteront pour faire face aux besoins alimentaires. La population d'Asie augmentera beaucoup alors qu’elle utilise déjà presque toutes ses terres, avec des rendements élevés. Elle devra importer. Par contre, l'Amérique latine deviendra peu à peu le grenier alimentaire de l'Asie, avec ses vastes réserves de terre et des rendements améliorables. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient utilisent presque tout l'espace et l'eau disponibles ; eux aussi importeront. La population d'Afrique subsaharienne va vite croître et  connaîtra des risques de pénurie car, malgré des terres libres, la production augmente lentement. Les besoins des Etats-Unis et de l'Union européenne seront stables, mais avec des coûts de production élevés. L'Europe de l'Est et la Russie peuvent jouer un rôle exportateur au vu de leurs importantes réserves de terre et de productivité.

La révolution verte, version tropicale de celle de l’Europe d’après guerre, a démarré en Inde dans les années 1960 et touché nombre de régions des pays en développement. Elle a permis une forte augmentation des rendements et, donc, évité du déboisement. Mais les rendements stagnent. Les pollutions par l'usage de molécules chimiques se maîtrisent mal, la consommation d'eau des nappes profondes est souvent trop élevée et beaucoup d'espèces végétales et animales disparaissent. Cette technologie atteint ses limites.

Le rôle de l’agriculture s’est longtemps limité à la production des aliments. Depuis peu, s’y ajoute celle de biocarburants, d’où une concurrence frontale. Cela devrait se traduire par la hausse des premiers et le maintien de tarifs hauts pour les seconds. Toutefois, consacrer beaucoup d’énergie pour produire de l’énergie, base essentielle des engrais, s’avère une absurdité économique.

L’intensification écologique de l’agriculture des pays riches est possible. Nous voilà devant un autre bouleversement, la révolution doublement verte. Son concept vise à concilier les vertus productives de la révolution verte avec le respect de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles : eau, fertilité des sols et biodiversité. Finie l’agriculture intensive en molécules chimiques et en énergie. Place à l’agriculture intensive en fonctionnalités écologiques et en connaissances scientifiques nouvelles destinées à optimiser le fonctionnement écologique des écosystèmes.

S’ils se substituent à d'autres risques, les OGM actuels ne sont pas essentiels. Il faut accélérer la recherche sur de futures générations scientifiques servant à étendre des fonctionnalités utiles existant dans la nature, comme la résistance des plantes à la sécheresse ou la salinité. Cependant, il existe bien d'autres méthodes efficaces pour créer des variétés utiles et autant d’autres solutions venant du domaine de l'écologie scientifique.

La sécheresse deviendra un terrible ennemi. Réaménager des paysages écologiques pour améliorer leur capacité de rétention en eau permettra de la contrer. Si les perspectives françaises du GIEC (climat de type méditerranéen sur une grande partie du pays) se réalisent, cela s’imposera. Et, en la matière, l’avenir de la PAC passe par le financement des transitions nécessaires à une agriculture adaptée au climat et très productive.

Par Michel Griffon

16 août 2007

Hausse des prix, ne laissons pas le marché décider qui mangera ou pas demain

Inondations en Angleterre, sécheresse en Europe du Sud et en Australie, boum des biocarburants aux USA… Les stocks mondiaux de matières premières agricoles sont au plus bas depuis 25 ans. Cette année, l’Australie n’a produit que 9,5 millions de tonnes de blé au lieu des 25 de l’an passé ! Aussi rapidement que fondent les stocks mondiaux, les prix des matières premières agricoles s’envolent. La tonne de maïs se négocie autour de 218 € alors que le l’ai connu à 90 il y a quelques mois. Je ne peux m’en plaindre, nous sortons de 10 années de baisses consécutives des revenus des agriculteurs.
Ce qui me tracasse, c’est l’inévitable hausse de 3 à 5 % du coût des produits alimentaires que le consommateur va devoir encaisser à la rentrée, la pilule va avoir du mal a passer !

Quand les prix sont bas, c’est le revenu de l’agriculteur qui trinque, quand ils sont orientés à la hausse, c’est le porte monnaie du consommateur qui se vide. La raison de ce yo-yo ? Nous sommes dans l’absurdité d’un marché livré à lui-même. Aucune régulation ne vient juguler la fluctuation des stocks et donc des coûts. Le marché de l’alimentation mondiale est fragile, trop fragile. Nous sommes à la merci des aléas climatiques, économiques et politiques… Et à ce petit jeu, c’est toujours le plus pauvre qui trinque.

Comme je le préconise au sein du MOMA (voir le lien ci-contre), il faut une régulation mondiale des matières agricoles et des denrées alimentaires. Nous ne pouvons nous contenter de gérer au sein de l’OMC les échanges commerciaux agricoles et agroalimentaires comme les autres secteurs économiques. Pourquoi ? L’alimentation est le seul de ces secteurs à être vital pour la subsistance de l’humanité ! Nous ne pouvons laisser la loi du marché décider qui mangera ou pas demain !