Quels sont les enjeux de la mondialisation pour l’agriculture ?
La mondialisation est une chance pour l’agriculture européenne. A condition que l’Europe sache choisir les marchés porteurs pour son avenir. Il lui faut développer les produits où elle est la plus performante, où elle peut réellement prendre l’avantage sur ses concurrents. Alors les agriculteurs français y trouveront leur compte.
Car pour réussir cette mutation, l’agriculture française dispose d’un atout formidable : sa réputation du pays des « chefs » d’une « cuisine » exigeant des produits agricoles remarquables. La qualité de son alimentation doit être un moteur pour son agriculture. Nous devons nous orienter vers une agriculture plus haut de gamme, portée vers la qualité… Dans ces conditions, je suis convaincu que l’agriculture est un métier d’avenir. Reste qu’il va falloir savoir prendre le virage. Les dix prochaines années seront décisives, et c’est dès maintenant qu’il faut savoir saisir les meilleures opportunités.
Choisir des marchés porteurs… Est-ce à dire que vous privilégiez l’agriculture de niche ?
En privilégiant les produits dans lesquels on est le plus performant, on est forcément dans une logique de niches – on choisit ses produits, on les veut, on les fait différents de ceux des autres. Depuis toujours, l’alimentaire est un puits sans fin de diversités et de variétés.
Pour autant, l’agriculture française doit concilier productivité et productions de niche, et il n’est pas question d’abandonner les « grandes » cultures. Mais la PAC ancienne version a forcé les agriculteurs européens à plus de productivité à tout prix avec une mécanique simple, mais infernale : en subventionnant, on incitait à augmenter la production, mais du coup, on déprimait les prix et on se concentrait sur quelques produits normalisés. Cet engrenage infernal a créé la surenchère entre l’Europe et les Etats-Unis qui, à eux deux, accordent près de 90 % des subventions agricoles dans le monde. Sans elles, les prix agricoles remonteraient progressivement d’eux-mêmes, souvent de 10 à 20 %. Bien sûr, on ne va pas éliminer les subventions du jour au lendemain. Mais souvenons-nous de l’industrie : il a fallu 50 ans pour la libéraliser. Il en faudra sans doute autant pour l’agriculture.
La PAC nouvelle version commence à nous remettre sur le bon chemin : en subventionnant plus volontiers la qualité que la quantité, en incluant un volet environnemental, elle commence à rééquilibrer production de masse et production de qualité, plus écologique… nous préparant au monde que je décrivais plus haut.
Vous prônez la libéralisation des échanges et leur internationalisation.
Est-il possible, pour une coopérative, de se déployer à l’étranger ?
Les coopératives agricoles sont, par définition, ancrées dans leurs territoires d’origine, une différence majeure d’avec les grandes entreprises multinationales. Mais cela ne signifie pas que les coopératives ne doivent pas se déployer à l’international, ce qui passe souvent par une logique d’implantation au plus près des marchés à potentiel.
Les coopératives ont intérêt à adopter une stratégie complémentaire de développement régional et mondial. Ce double objectif peut se traduire ainsi : des positions commerciales fortes à l’international permettent d’assurer les débouchés pour les productions agricoles locales ; et un développement de ces dernières qui soit bien conçu car nourri d’une bonne connaissance des besoins des consommateurs dans le monde entier renforce les performances internationales. Cette politique a pour effet bénéfique de créer de la valeur pour les adhérents, actionnaires de leur coopérative.
Le duo local/international n’est donc pas antinomique, mais bien au contraire complémentaire. Dans un contexte de mondialisation, il est probablement une des conditions de la survie des coopératives. Si elles réussissent ce pari, leur avenir est devant elles : le leur, et donc celui de leurs adhérents !
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